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Pourquoi y a-t-il si peu de constructions en bois en France ?

Quel bois pour quel usage ?
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1 - en matière de durabilité
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Durabilité naturelle

« Le bois plaît quand l’ouvrage est produit
- De la bonne façon, on s’en réjouit
- de la mauvaise, on regrette son choix :
« Ah, c’est toujours pareil avec le bois ! » »
Chanson du compagnon


L’expérience du bois commence dès l’enfance avec les jouets en bois, puis les cabanes… Chacun d’entre nous croit le connaître et pourtant.

Pourtant, il fait partie des matériaux les moins simples à mettre en œuvre parce qu’il est anisotrope, hygroscopique et sujet aux attaques biologiques.
Crédit photo : Pierre Dulbecco
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Pourquoi si peu de constructions en bois en France ?
En 2014, en France, la part de la construction bois était de 10.4 % des mises en chantier de maisons individuelles (secteur diffus), 20.1 % des extensions – surélévations (source : Enquête nationale de la construction bois. France Bois Forêt et CODIFAB). A titre de comparaison, la part des maisons individuelles en construction bois au Canada, aux Etats Unis, en Suède atteint 95 %...

L’une des explications serait historique : la guerre 14-18, en réquisitionnant une génération entière de charpentiers menuisiers pour consolider les tranchées, aurait cassé un maillon de la chaîne qui unissait les générations de bâtisseurs. Puis vint le béton. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que nous redécouvrons en France les vertus du bois dans la construction.

Pour ne pas donner du grain à moudre à ses détracteurs, quelques précautions de mise en œuvre doivent être respectées : c’est l’objet de cette série d’articles déclinés sur le thème de la durabilité, de la stabilité dimensionnelle et de la résistance mécanique.
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A – Cette essence de bois résistera-t-elle aux conditions d’exposition aux intempéries de l’ouvrage ?
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1- Les classes d’emploi
Elles définissent le degré d’exposition de l’ouvrage au regard des risques d’attaques biologiques. « Classes de risque » était d’ailleurs leur ancienne appellation … plus claire mais jugée moins vendeuse.

Au nombre de 5, NF EN 335-1 de janvier 2007 les décrit :
- Elles considèrent toutes un risque d’infestation égal par les insectes xylophages
- Plus leur indice est élevé, plus le risque de contamination par les champignons lignivores est élevé, étant entendu que la classe d’emploi 5 équivaut à la classe 4, la première traitant de l’exposition du bois à l’eau douce et la seconde à l’eau salée.
Schématiquement, nous retiendrons que :
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2- Comment savoir à quelle classe d’emploi répond un ouvrage ?
Parce que cela était toujours sujet à discussions, l’attribution d’une classe d’emploi à un ouvrage situé à l’extérieur a été traitée par FD P 20-651 de 06-2011.
balcon en bois
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3- Quelle essence de bois ?
  • 3.1- La durabilité naturelle
  • Durabilité naturelle

    En préambule, rappelons que l’aubier du bois est par définition non durable puisque gorgé d’amidon et autres oses dont se nourrissent les insectes xylophages et champignons lignivores. L’examen de la durabilité naturelle d’une essence ne concerne en conséquence que son duramen (bois parfait).

    Pour connaître la durabilité naturelle d’une essence donnée, la base TROPIX du CIRAD (http://tropix.cirad.fr/fiches-disponibles) peut certes être consultée mais seule la norme NF EN 350-2 de 07-1994 qui liste les essences commerciales et décrit pour chacune d’entre elles leur durabilité naturelle fait foi en cas de litige.

    On y découvre que parmi les essences tempérées, seul le Robinier (faux-acacia) est naturellement durable et peut être mis en œuvre dans des ouvrages de classe d’emploi 4.

    Mieux, FD P 20-651 introduit la notion de durée de vie d’un ouvrage en fonction de sa classe d’emploi et de l’essence retenue. Ainsi, pour une essence donnée, ce fascicule documentaire nous apprend si elle convient pour l’ouvrage considéré et si oui, quelle sera la durée de vie espérée de l’ouvrage.
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  • 3.2- La durabilité conférée
  • NF EN 350-2 précise également leur indice d’imprégnabilité, autrement dit, leur capacité à recevoir un traitement par autoclave : on parlera alors d’une durabilité conférée.

    Une essence non durable mais imprégnable pourra être utilisée plus facilement qu’une autre moyennement durable mais non imprégnable. Il en va ainsi pour l’aubier, non durable comme nous l’avons vu mais très souvent imprégnable.

    Durabilité naturelle

    Tout le monde connaît le « pin traité classe 4 ». Pour être précis, il s’agit de pin (souvent sylvestre, parfois maritime) qui a reçu un traitement par autoclave profonde pouvant être mis en œuvre dans un ouvrage de classe d’emploi 4.

    Mais ce « traitement à cœur » constitue un abus de langage car seul l’aubier du pin est imprégnable tandis que le duramen est peu, voire non imprégnable. Autrement dit, un pin « traité classe 4 » présente un aubier « traité à cœur » mais un duramen uniquement protégé par une barrière de quelques mm (maximum 3 à 6 mm) en pénétration latérale.
    Facilement observable en bois de bout et sans pigment additionnel, le traitement de couleur vert de gris (due aux sels de cuivre) apparait bien sur l’aubier et non sur le duramen. Traitement-sur-Aubier
    Dès lors que cette barrière est rompue par tronçonnage ou par entaillage, la durabilité conférée est perdue et des sinistres sériels sont observés.

    Voilà pourquoi les DTU recommandent qu’après tronçonnage, un badigeonnage en bois de bout destiné à reconstituer la barrière de protection (bois très poreux en bout) permet de conférer la durabilité perdue.

    A défaut, les champignons lignivores trouvent la « porte d’entrée » !
    De même, les aménagements extérieurs où cette recommandation a été négligée constituent le terrain de jeu privilègié des champignons lignivores. Et certains de conclure que les produits de traitement ne sont plus ce qu’ils étaient (cf. encadré)…

    Preuve que le bois était initialement correctement traité : l’aubier (imprégnable et imprégné) a résisté à l’attaque fongique tandis que le duramen, naturellement plus résistant mais non protégé car non imprégnable est atteint de pourriture cubique. Les potelets sont alors devenus des tubes !
    Les bois traitésLe bois non traité
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    Nota : les problèmes se sont multipliés quand en 2004, les produits à base d’Arsenic (Sels CCA : Chrome = fixateur, Cuivre = fongicide, Arsenic = insecticide) ont été abandonnés au profit du Bore qui ne résiste pas au délavage et disparait rapidement après la mise en situation du bois dans l’eau (Sels CCB : Chrome, Cuivre, Bore).
    Des formulations sur bases ACQ (composé quaternaire de cuivre aminé) et CBA (azole de cuivre et de bore) sont également employés mais les retours d’expérience sont encore insuffisamment documentés.
    En attendant, on doit faire avec ou plutôt sans Arsenic…