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Les bois modifiés thermiquement, chimiquement ou en surface

Les bois modifiés
A
Chaque université, école d’ingénieurs, groupe de recherche sur les matériaux essaie de découvrir un nouveau mode de traitement en vue de conférer des caractéristiques améliorées à des essences de bois fragiles ou nerveuses. Des plus farfelus aux plus prometteurs, comment s’y retrouver ?

En préambule, rappelons que :

- ces procédés de transformation sont récents et en l’absence d’un constat de traditionalité ou d’un avis technique, ceux-ci ne peuvent être intégrés aux DTU. Les nouveaux DTU que nous publions précisent d’ailleurs désormais explicitement la mention suivante : « Les lames en bois modifié thermiquement et en bois modifié chimiquement ne sont pas visées par le présent document. » DTU 41-2 P1-2 du 15 août 2015.

Le bambou est une herbacée et non du Bois. Une norme européenne est en cours de rédaction pour essayer de clarifier ce qui nous inonde. En attendant, l’utiliser expose le prescripteur et l’entreprise qui le met en œuvre…    

Trois types de traitement appliqués au bois seront abordés ici :

- Les bois modifiés thermiquement

- Les bois modifiés chimiquement

- Les bois ayant subi un traitement de surface

Ceux-ci ont pour objectif de rendre le bois plus stable et/ou plus durable, l’idée étant de permettre la mise en œuvre de bois de pays peu durables dans des ouvrages de classe d’emploi élevée et en les substituant aux bois tropicaux.


A
Les bois modifiés thermiquement 

C’est la voie de recherche qui a été la plus explorée : 15 procédés connus de l’auteur à ce jour, chacun faisant varier différemment les paramètres température (durée, cycle) et pression (air ou gaz) dans les fours.

La montée en température caramélise (d’où la couleur marron) les oses (cellulose, hémicelluloses, amidon, etc.) et en modifiant sa structure moléculaire, le bois devient moins sensible aux attaques biologiques et aux variations d’humidité. 

A notre connaissance, seul le procédé Bois rétifié ou RETIWOOD a fait l’objet d’un Atec.

Cela fonctionne bien mais avec deux limites connues :

- La contrainte de rupture à la flexion statique chute considérablement, le bois devient cassant.

- Les abeilles charpentières (qui doivent préférer le caramel au sucre !) y font plus facilement leur nid derrière les bardages.

Le problème réside surtout en l’absence de données chiffrées communiquées par les fabricants et revendeurs



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Bardage en peuplier rétifié
Trou d'abeille charpentière (Xylocope violet)
Trou d'abeille charpentière (Xylocope violet)
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Les bois modifiés chimiquement 

La furfurylation (procédé Kebony) et l’acétylation (procédé Accoya) sont les plus connus. Le principe consiste à injecter respectivement de l’acide furfurylique obtenu à partir de la canne à sucre et de l’anhydride acétique (= dérivé du vinaigre) dans le bois pour le rendre partiellement hydrophobe et moins comestible aux agents pathogènes biologiques.

Les fabricants garantissent leurs produits 25 ans et utilisent essentiellement à ce jour du Pin radiata issu de Nouvelle Zélande car très imprégnable. Des essais sont en cours avec des feuillus (Hêtre et Érable).

Les résultats sont séduisants (pas de sinistre connu de l’auteur), la seule limite étant leur prix. En termes d’impact écologique et de valorisation de la ressource, ils deviendront intéressants quand des bois de pays seront traités en France.

Les bois ayant subi un traitement de surface

Nous nous limiterons ici au bois thermo-huilé. Le procédé consiste à plonger plusieurs fois le bois dans une friteuse pour remplacer l’eau contenue dans le bois qui s’est vaporisée par de l’huile et de facto de le rendre moins sensible aux variations d’humidité et donc plus stable.

Séduisant en laboratoire, dans la pratique, ce procédé conduit à des sinistres sériels pour deux raisons :

- les coefficients de retrait ne seraient diminués que de 30 % et non de 100 %, comme le laissent entendre certaines plaquettes commerciales.

- l’huile utilisée présente une attractivité forte pour certaines moisissures allergènes, ce qui rend le bois encore plus sensible aux phénomènes de grisonnement. 




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Estacade en chêne thermo-huilé St Gilles Croix de Vie
Bardage en Douglas thermo-huilé
A
Si la tentation de mettre en œuvre des procédés innovants est grande, l’absence de recul suffisant expose les prescripteurs et les poseurs, en cas de sinistre. Quand bien même la demande émane du maître d’ouvrage, celui-ci sera toujours qualifié de non-sachant in fine… A bon entendeur, salut !