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Quels champignons qui se développent sur le bois d’œuvre ?

Les champignons dans le bâti
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Les champignons qui se développent sur le bois d’œuvre sont classés en deux grands groupes :

- Les champignons lignicoles, i.e. vivant / habitant (colo) dans ou sur le bois (lignum) ; terme apparu vers 1840
- Les champignons lignivores, i.e. dévorant le bois (Cuvier 1805)
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champignon lignivore
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Les lignicoles trouvent leurs nutriments à l’intérieur des cellules du bois constitués de substances de réserves tels que l’amidon, les sucres, les tanins. Quant aux lignivores, ils consomment les parois des cellules, constitués de cellulose, d’hémicelluloses et de lignine.

Cette définition permet de comprendre les conséquences de leurs actions respectives. En ne portant pas atteinte à la structure des cellules, les champignons lignicoles provoquent des dommages esthétiques tandis que les champignons lignivores engendrent de la pourriture.

Dans le groupe des champignons lignicoles, nous trouvons :

- Les moisissures
- Le bleuissement
- Les échauffures

Dans celui des champignons lignivores, se trouvent ceux qui provoquent de :

- La pourriture cubique brune
- La pourriture fibreuse blanche
- La pourriture molle

À noter que tous ces champignons sont des saprophytes puisqu’ils consomment de la matière organique morte et non des parasites – comme on l’entend trop souvent – ceux-ci ne vivant qu’au détriment des organismes vivants.

Des prochains articles permettront de nous familiariser avec ces champignons mais rappelons les mécanismes de leur développement auxquels ils obéissent tous : s’en souvenir permet souvent de s’en préserver…

Pour s’installer, les champignons ont besoin d’un substrat nutritif (= bois, vieux cartons jonchant le sol), d’eau, d’une température clémente et d’un milieu confiné, les courants d’air les dessécheraient. Mais cela ne suffit pas ! La génération spontanée étant une notion tombée en désuétude depuis Pasteur, seule une spore (= sorte de graine sexuée ou non de quelques microns) emportée par le vent, les insectes ou l’eau doit se déposer sur ce substrat aux conditions définies ci-dessus pour se multiplier.

 - Du bois humide constitue un milieu propice au développement de champignons mais sans spore, aucune contamination n’est possible.

Cela explique pourquoi certaines régions sont plus touchées que d’autres par certaines espèces de champignons et que l’évolution de leur aire géographique fait l’objet pour les plus dangereux comme les Mérules d’un suivi aussi rigoureux que pour les termites.


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carte merule en France
Source : FCBA (chantiers réalisés par les entreprises certifiées CTB A+) - Edition Août 2015
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Dans un premier temps, le champignon va entrer en phase de développement végétatif au cours de laquelle un mycélium va être produit. Constitué d’hyphes (= fins filaments de quelques microns de diamètre), ceux-ci secrètent des enzymes puissantes capables de décomposer le bois et absorber les éléments nécessaires à sa survie.
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Spores isolées de mérule
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Lorsque le mycélium a accumulé suffisamment de réserves et que les conditions sont favorables (présence de lumière), le champignon entre alors en phase de développement sexué. Un sporophore apparaît : le champignon fructifie et va à son tour produire des spores (= la sporulation).
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Sporulation-merule
Fructification de Mérule
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Les champignons de Paris et autres cèpes que nous mangeons sont donc des sporophores, le mycélium restant dans la terre. A de rares exceptions près, ceux que l’on trouve dans le bâti ne sont hélas pas comestibles…

Retenons de ce préambule à une série d’articles à venir que les champignons ne sont pas tous à mettre dans le même sac : les lignicoles provoquent des dommages esthétiques tandis que les lignivores engendrent des désordres structurels. En revanche, pour se développer et quels qu’ils soient, les conditions suivantes doivent être simultanément réunies : un substrat nutritif, de l’eau, un milieu confiné, une température clémente et des spores coupables.